
Samedi, j'ai participé à cet apocalyptique marathon du Mont Saint Michel, un mois après avoir couru celui de Nantes. Cette fois, l'objectif n'était pas de faire un temps, mais d'emmener les copains au bout de leur premier marathon. Les niveaux de préparation étaient hétérogènes, mais ils allaient de "un peu juste" à "carrément insuffisant". Le "carrément insuffisant" a évidemment abandonné au 27ème, mais les "un peu juste" ont réalisé un petit exploit. Ils n'avaient aucune idée de l'allure à suivre (pour les deux personnes dont je parle, il s'agissait de la première course sur route DE LEUR VIE !!! => un footeux et un pongiste, qui ont préparé la course "au feeling", sur la base des quelques conseils que j'ai pu leur donner, depuis un mois et demi), j'ai jugé, sur ce que je connaissais d'eux, que je pouvais les emmener sur 3h30'. Facile : 5'/km. En fait, j'avais décidé d'aller un peu plus vite (entre 4'50" et 4'55") afin de pouvoir prendre les ravitos tranquillement, en marchant sur quelques mètres.
Nous partons sur ces bases, ne nous laissant nullement perturber par la pluie. Tout de suite dans l'allure : 5'02 au premier km, avec les embouteillages du départ, puis 4'50" au 2ème, c'est parti. Nous sommes 4 (Vincent le footeux (mon frère),Manu le pongiste, Mr "prépa insuffisante" et moi). Je leur parle beaucoup, je les saoule de conseils, je dois prononcer le mot "prudence" 20 fois par minute...
Premier ravitaillement, la consigne est claire : on ne loupe pas le moindre ravitaillement, on prend sa bouteille en courant, on se dégage de la zone, puis on marche afin de se ravitailler correctement. 10 pas, puis on court de nouveau. J'ai affaire à des élèves studieux, les consignes sont appliquées à la lettre, on ne perd presque pas de temps, le km du ravito est fait en 5'08".
La course se poursuit, Mr "prépa insuffisante" ne veut pas encore le reconnaître, mais il est évident qu'il ne pourra pas suivre notre rythme. Je le lui dis, il persiste à s'accrocher, nous ne sommes pas au 10ème, je sais qu'il se prépare à une immense galère dont il ne soupçonne pas l'ampleur... Allez, on continue, le pli est pris, le deuxième ravito se passe parfaitement, il faut même gérer des "pauses techniques", aucun problème, on a le temps.
Mr "prépa insuffisante" commence à faire l'élastique, je lui répète qu'il est inutile d'insister, qu'il devrait accepter de ralentir franchement, il s'accroche quand même. On arrive au 13ème, il est 5 mètres derrière nous, je ralentis, me mets à sa hauteur et élève un peu le ton. Il a compris, il ralentit. Mais il est déjà trop tard, le mal est fait. Nous continuons à 3.
Nous passons le semi, nous sommes systématiquement entre 4'50" et 4'55"/km, sauf pour les ravitaillements, le rythme est parfait. Le temps de passage au semi est d'1h44'30". Impeccable. Mon frère m'impressionne par sa facilité, il ne dit rien, vit sa course. Manu semble être un peu plus à l'ouvrage, mais il enchaîne les kilomètres comme un métronome. C'est lui qui se rend compte quand je m'enflamme trop, il détecte les accélérations : quand il râle, c'est qu'on est en 4'45". S'il ne dit rien, c'est qu'on est dans le tempo. D'ailleurs, je lui dis, alors que nous n'étions que tous les deux, après une pause plus longue au ravito que mon frère : Vincent m'a l'air tranquille, il va claquer les 3h30 sans problème. Je ne le savais pas, mais j'avais à ce moment là construit le nid de sa motivation pour le reste de la course : je l'ai vexé. Il a compris qu'implicitement, je le trouvais moins bien. Et j'avoue qu'à ce moment là, je ne pense pas qu'il tienne la cadence jusqu'au bout.
Au fait, nous avons une autre consigne : quand un enfant tend la main pour qu'on lui tape dedans, au moins l'un de nous trois doit y aller, y compris si c'est de l'autre côté de la route. J'ai la fierté d'annoncer que je crois que nous n'en avons pas manqué un seul ;-)
Bon, mes deux compères sont bien, ils continuent de raconter des conneries de temps en temps, je leur dit que nous arrivons au début de la zone de turbulence, il faut penser à entrer dans sa bulle, et ne plus penser qu'à ses sensations. On se préserve au maximum. Je leur indique qu'à partir du 25ème, on va commencer à ramasser des morts par dizaines. Et ça ne manque pas. Les marc heurs commencent à apparaître. Et même ceux qui ne marchent pas, on les double. Je demande à Manu s'il est bien, s'il pense que le rythme est tenable encore pendant 15 gros kilomètres. "Je crois que oui". Soit. On va voir. Vincent est imperturbable, il avance. Au 26ème, un copain de Manu nous encourage, et fait quelques hectomètres à nos côtés. Il est impressionné par l'état de fraîcheur des troupes. Et Manu est regonflé à bloc.
Je tempère toujours mes compagnons de route : l'échauffement est presque terminé, la course va bientôt commencer. Et pourtant, à voir l'état des concurrents que l'on double, elle est presque terminée pour certain... On arrive au 30ème, je leur dit que le marathon commence ici. Mais Vincent a des fourmis dans les jambes. Je pensais leur lâcher un tout petit peu la bride au 32ème, Vincent prend 3 mètres d'avance, je lui dis qu'il peut partir, mais il doit se méfier, rien n'est gagné... Il accélère très progressivement. Je reste avec Manu, qui tient toujours la cadence. Au 33ème, alors que Vincent a maintenant 200 mètres d'avance, Manu me dit : "je crois bien que ça va tenir jusqu'au bout". Je laisse passer encore deux kilomètres, et je lui dis : "on y va ?". "Ouais". D'accord, c'est parti. Vincent est en point de mire, le meneur d'allure des 3h30' est 300 mètres devant nous. On accèlère gentiment, j'indique à Manu que c'est maintenant qu'il faut s'accrocher. On passe en 4'45", puis 4'40", et Vincent se rapproche. A voir sa foulée, je sais qu'il ne faiblit pas, mais faute du repère qu'il avait avant avec nous, il est dans un faux rythme (il court sans chrono). Nous arrivons au dernier virage, 4 km avant l'arrivée, je vois qu'il y a du monde, je demande à Manu s'il veut une ovation. Bien sûr qu'il en veut une ! Donc je passe en harcelant le public, en levant les bras, en disant que je n'entend rien, en sautant partout... J'entend un spectateur dire que ça n'a pas l'air très dur le marathon...
Nous revenons sur Vincent, le panneau du 40ème s'annonce, et la jonction s'opère pile à cette marque. Je regarde mes deux "presque marathoniens", et je leur dis que je les laisse s'expliquer sur les deux derniers km, moi je les abandonne là. J'accélère, je vois mon père sur le bord de la route. Il faut que lui rentre dedans pour qu'il me voit, absorbé qu'il était dans sa conversation. 20 mètres après, ma mère, mon amie et mon tout petit Théo m'attendent. Je m'arrête, petite montée de sanglots vite réprimée... J'ai le temps de faire deux photos, et je repars.
Je finis vite, et j'en termine en 3h27'16", et juste derrière moi, Vincent termine en 3h27'33" et Manu en 3h27'37". Les deux énergumènes n'ont rien trouvé de mieux que de se mettre des mines sans arrêt dans les deux derniers kilomètres... Mais Vincent était plus fort et remporte ce superbe duel. Ces deux messieurs s'offrent un negative split dans des conditions dantesques, 1h44'29" au semi, un tout petit peu plus d'1h43' sur la deuxième moitié. On se tape dans la main, les regards brillent, c'est du bonheur en barre ! Je crois que j'ai converti deux adeptes au marathon, et en plus, avec une prépa plus sérieuse et plus longue, je crois qu'ils peuvent aller viser haut à moyen terme.
Sinon ? Théo va bien ! Il a gagné une belle médaille...
3 commentaires:
Je viens de regarder quelques photos sur le site Courir en Bretagne, et maintenant je comprends bien pourquoi tu parles de "déluge" ! (quoique on dirait qu'en fin de course il ne pleuvait plus, ou moins). De toute façon, pour un baptême, au moins on ne manquait pas d'eau sur la tête !!
Je garde un souvenir magnifique de ce marathon grâce à l'organisation, au parcours et au public : j'imagine que ce ne doit pas être pareil sous la pluie, surtout côté spectateurs, mais il ne doit pas manquer de charme non plus...
Et je vois avec plaisir que le petit Théo grandit à toute vitesse et se porte magnifiquement ! (pourvu qu'il vou laisse dormir la nuit...)
Merci Pablo mon plus fidèle lecteur malgré l'irrégularité de mes mises à jour de toujours me suivre...
Effectivement, au bout de 2 heures de course, la pluie s'est calmée, et nous avons presque eu droit à un rayon de soleil au moment de notre arrivée. Malgré ces mauvaises conditions, le public était quand même relativement nombreux, ce qui est à souligner. Les encouragements étaient donc d'excellente qualité, puisque le public était très motivé !
Théo pousse bien, mais il a des nuits irrégulières... Un coup c'est calme, un coup c'est très agité !
Bravo Benoit ! Tu nous avais caché ton beau projet. On sent le plaisir que tu as pu avoir à driver tes poulains. Tu as l'âme d'un entraineur. Quand est-ce que tu te lances dans la filière entraineur Hors-Stade ?
3h27 pour une première, sans préparation poussée : il y a du potentiel dans la famille. Quand je pense qu'il m'a fallu 7 marathons et 4 ans pour passer sous les 3h30 ! Comme tu dis, il y a moyen de viser plus haut.
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