Et voilà, c'est passé. Le verdict est tombé sur le premier grand objectif de la saison. Après les 2h55' réalisés à Amsterdam 6 mois plus tôt pour mon baptême sur la distance, je visais un temps inférieur à 2h50' à Paris (et même si possible un peu moins, disons que symboliquement, je souhaitais tenir le 15 km/h). Tous les atouts avaient été mis de mon côté, j'ai suivi l'intégralité de la préparation sans l'ombre d'un accroc, j'ai même réussi à battre mon record sur semi-marathon. Tout s'annonce bien.
Les derniers temps, je guettais avidement la météo du jour J, craignant la pluie battante ou le vent : j'ai été servi, avec ce grand beau temps sans vent ! Et la dernière semaine, l'appréhension de l'événement me donnait l'impression de ne pas être bien, et c'est avec de gros doutes que je me suis présenté sur la ligne de départ. En plus, étant donnée la chaleur ambiante, je me suis posé la question d'une éventuelle révision d'objectif à la baisse... Finalement, je suis parti selon le tableau de marche prévu. Voire un peu plus vite : premier kilo en 3'43", mais le profil descendant des Champs Elysées y est pour quelque chose. N'empêche, je suis trop rapide, j'ai beau me raisonner, le passage au 5ème kilomètre s'effectue en 19'19". Les quelques doutes d'avant le départ sont envolés, les jambes sont là. Mais je vais trop vite... Entre le 5ème et le 10ème, je ralentis légèrement (le profil est moins favorable, ça aide), et je passe en 39' tout rond aux 10km. Je suis trop rapide de 40", peut-être aurais-je dû à ce moment là ralentir franchement pour me remettre dans le rythme prévu... Il était évident qu'avec la chaleur du jour, un départ trop rapide n'avait que peu de chance de passer ! Bref, je continue sur mon rythme de croisière, tous les voyants sont au vert, la foulée déroule toute seule, le passage au bois de Vincennes est un réel bonheur, je suis facile !
Je prenais mon temps à chaque kilomètre, et à chaque fois, j'essayais vaguement de réagir en ralentissant le rythme pendant quelques dizaines de mètres, cette façon de courir a fait que je ne suis jamais resté dans un groupe. J'arrive au semi, une foule de gens est postée à cet endroit, et pourtant les spectateurs sont passifs : mon naturel reprend le dessus et je harangue la foule pour les faire réagir, et sur cet état légèrement euphorique que je franchis la mi-course en 1h22'43". Beaucoup trop vite... L'hypothèse ambitieuse de passage à cet endroit était d'1h23'30", j'ai près d'une minute d'avance. Pourtant, tout va toujours pour le mieux à ce moment, cela reste le cas jusqu'au 25ème. A partir de ce moment, cela devient un peu plus difficile, on arrive sous les ponts qui longe la Seine, j'essaie de récupérer dans les descentes et de bien raccourcir la foulée dans les montées afin de m'économiser. Je limite très bien la casse jusqu'au 33ème km, où je fais mon premier kilomètre franchement lent : 4'20". Pourtant, je reste dans les temps de l'objectif de 15km/h jusqu'au 38ème... Je dilapide l'avance sur le tableau de marche rapidement, d'autant plus qu'au ravitaillement du 35ème, pour la première fois je marche. Les muscles n'en veulent plus. Bien sûr je marche rapidement, mais l'allure chute. Je recours dès que je peux, et je me fais violence en me donnant des objectifs du style : "tu n'as pas le droit de marcher sur ce kilomètre". Quand j'y parviens, le kilomètre se fait en 4'20", quand je n'y parviens pas, c'est 4'50". Le plus étrange à ce moment là, c'est que malgré tout, je ne perds pas beaucoup de places, je rattrape même certains coureurs plus mal en point que moi... Et finalement, vient la libération, je ne m'attendais pas à voir si rapidement après la sortie du bois de Boulogne la ligne d'arrivée : quel soulagement ! Je réunis le reste de mes forces pour faire les quelques centaines de mètres qui me séparent de la délivrance, et je franchis la ligne en 2h52'05" temps officiel, et 2h51'59" temps réel. Contrairement à ma première expérience sur la distance, je n'éprouve aucune émotion à ce moment. Le sentiment qui m'habite à cet instant ressemble à un banal "voilà, c'est fait"... Pas d'envie de pleurer, rien, j'avance, on me donne ma médaille. Je ne sais pas trop quoi penser de ma performance. J'avance encore, je m'abandonne aux bons soins de deux élèves kiné qui font de leur mieux pour remettre en état mes jambes... Et ensuite je me rends au point de rendez-vous fixé avant la course avec mes collègues. J'apprends qu'ils sont encore plus loin que moi de leur objectif chronométrique. Alors seulement je commence à me dire qu'il faut peut-être relativiser ce que je pense être un échec. Et puis j'apprends que je suis classé aux alentours de la 350ème place (344ème exactement, comme je le saurai plus tard), et là je réalise l'impact qu'a eu la chaleur sur beaucoup de coureurs. En 2006, le coureur occupant cette même place au classement avait couru en 2h45'. Evidemment ce n'est qu'indicatif, mais cela réévalue quelque peu mon temps.
Finalement, je suis partagé entre des sentiments contradictoires : le temps n'est pas si mauvais, le classement est au-delà de mes prévisions les plus optimistes... et pourtant je pense que j'ai encore une fois mal géré ma course, et que je pouvais faire mieux, une course plus sage m'aurait permis presque à coup sûr de terminer sous les 2h48', j'en suis persuadé. Mais tel est le marathon, il ne se laisse pas facilement apprivoiser. La prochaine fois j'irai plus vite, fort de cette nouvelle expérience.
Le constat global reste cependant celui-ci : quel que soit le résultat, le marathon est vraiment une très belle épreuve, face à laquelle il est impossible de tricher. On se révèle à soi-même, tant physiquement que psychologiquement, et quelle que soit la douleur du jour, quelques semaines plus tard, il ne reste que la fierté d'être marathonien.
3 commentaires:
Toutes mes félicitations à toi. Beaucoup de coureurs aimeraient réaliser 2 h 52 au marathon. Paris n'est pas un parcours facile et la chaleur du jour devait être difficile à supporter et amoindrir les performances. Tu trouveras des conditions de course plus optimum pour passer sous la barre des 2 h 50.
Selon ton récit, je ne pense pas que tu sois passé beaucoup trop vite au semi. Dans quelle mesure 40 sec. joue t-elle un rôle important ... je n'ai pas assez d'expérience sur ce point.
En regardant un peu ta préparation, et si je peux me permettre un conseil, je pense que tu dois améliorer "un peu " ta vistesse de base sur 10 km et semi de façon à disposer de davantage de "marge" lors de ton passage au semi et moins "taper" dans les réserves. Tu as fait les séances longues qu'il fallait, mais en étant plus rapide, tu serais sans doute un peu plus à l'aise. Néanmoins, ce conseil n'engage que moi et l'expérience (faible) que je peux en avoir.
En tout cas, encore bravo à toi.
Un grand bravo à toi Bendidos , vu les conditions je pense que c'est comme si tu avait réussi ton objectif ! Bon eh ben maintenant place à la Diagonale........
@sylvain :
Je ne sais pas combien de minutes perdues sont à attribuer à la chaleur, et combien d'autres au départ trop rapide (bon d'accord, pas tant que ça, mais quand même un peu ;-)), en revanche, je pense que sans ses deux petits contretemps, les 2h50' passaient. J'ai encore constaté ce que je soupçonnais depuis quelque temps : je supporte la chaleur mieux que la moyenne des coureurs.
En ce qui concerne le conseil d'améliorer la vitesse de base, je suis assez d'accord, et j'envisage de prendre une licence d'athlé l'an prochain afin de faire la saison de cross et donc de travailler la vitesse et la puissance. Cependant, ma préparation marathon ne m'a pas fait perdre de qualités sur les distances inférieures (comme cela peut arriver si on se "diesellise") puisque j'ai battu mon record sur semi, et je vais peut-être me tenter un gros 10 bornes en mai ou juin.
@chjou2 :
hé hé, maintenant, place effectivement à une autre aventure. Je suis passé au stand de la Diagonale des Fous lors de la Marathon Expo, et j'ai passé énormément de temps à discuter avec les organisateurs, j'étais scotché devant les images du DVD qui passaient en boucle sur un écran, bref, j'étais déjà à moitié parti ;-))) Au plaisir de se rencontrer là-bas (je crois qu'on en reparlera souvent tous les deux d'ici le mois d'octobre !)
@ tous les deux :
Un grand merci pour ces gentilles marques de soutien et les félicitations qui font toujours plaisir... J'espère avoir autant de succès dans la suite de mes aventures !
Enregistrer un commentaire