lundi 8 janvier 2007

Ma course à Pacé

Aujourd'hui, un peu fatigué de ce week-end ô combien éprouvant, je me suis offert une journée de repos. En contrepartie, je me suis penché sur le récit de cette course, que je vous livre immédiatement :
Samedi, fin de matinée, en route pour Pacé (à 75 km de chez moi environ), le départ est à 13h30, et le site de la course précise que les dossards sont remis jusqu'à 30 minutes avant le départ. Donc, je dois y être pour 13 heures. Logique. Et là mon légendaire sens de l'organisation a encore frappé. Il est à peine 13h11 quand je gare ma voiture, sachant que le parking se situe à 300 mètres de l'endroit où l'on remet les dossards. Je fais un aller-retour au pas de charge, j'installe le dossard sur le maillot, je vire le collant long en quatrième vitesse, et en route vers le départ.

Le site du départ est celui qui servira le lendemain aux départementaux de cross en Ille-et-Vilaine, une vraie ligne de départ de cross bien large avec une grand ligne droite devant nous pour permettre de décanter les choses sans goulot d'étranglement. Ca me rappelle mes années de cadet et junior, il y plus de 10 ans de cela, date de mes derniers cross. Et je vais très rapidement être mis dans l'ambiance de cette course, en allant seulement rejoindre cette fameuse ligne de départ. Le terrain est boueux, gorgé d'eau, les appuis sont aléatoires, du vrai cross. Et pas question de mettre des pointes puisque nous sortons du site de cross, pour aller batifoler sur les chemins de la campagne environnantes avec quelques portions de bitume. Bref, quand je me suis placé sur la ligne de départ, au milieu des 450 concurrents, j'avais déjà les jambes maculées de boue. Génial. Un pur bonheur. Et ce n'est pas ironique.

Nous sommes lâchés à la minute précise de l'horaire prévu, et le peloton s'ébroue lentement. Le rythme n'est pas très rapide, et malgré mon intention de ne pas partir vite, et de réels efforts pour tenter d'y parvenir (si je vous jure), il s'en est fallu d'une dizaine de mètres pour que je prenne la tête du peloton au bout de quelques centaines de mètres de course. Mais j'ai ralenti dès la sortie du terrain de cross, de sorte que je me suis fait rattraper par plusieurs groupes de coureurs qui me dépassent tour à tour.

Il n'est pas question de finir dans le rouge alors que ce n'est qu'une sortie d'entraînement. Afin d'être certain de ne pas aller trop vite, j'ai une tactique infaillible : je tape la discussion avec un coureur qui semble dans le même état d'esprit que moi. C'est à dire qu'il aborde la course avec détachement, et cours avec aisance au même rythme que moi. J'apprend qu'il vaut 3h19 au marathon, mais c'était au Mont Saint Michel, donc il pense valoir 3h05, qu'il connaît bien le coin et donc me prépare à ce qui nous attend un peu plus loin dans l'épreuve...

Nous allons partager ainsi les 8 premiers kilomètres de la course, et nous faire rattraper par un nouveau groupe de coureurs. Entre temps, nous sommes passés au 5ème kilomètre en 21'40" (les km 5, 10 et 15 étaient indiqués), parfait pour moi, d'autant plus que les chemins empruntés ne sont que des enfilades quasi-ininterrompues de boue, de flaques, d'appuis incertains, et de dérapages plus ou moins contrôlés. J'imagine que le fait de courir en dedans m'a servi, car il faut une lucidité parfaite pour juger de la meilleure trajectoire à emprunter afin de ne pas se faire surprendre par les multiples pièges du parcours. Certaines portions du parcours sont trop étroites pour courir côte à côte, et là, il ne s'agit pas de suivre de trop près mon compagnon de course, sinon je suis promis à une chute rapide...

Ce parcours se résume de la façon suivante : quand le revêtement est stable (ou à peu près, on n'est pas difficiles), c'est que cela monte, et si cela ne monte pas c'est que la boue est omniprésente. Nous arrivons donc dans ces conditions (il y a bien longtemps à ce moment là qu'il n'y a plus un centimètre carré de mes jambes qui ne soit pas couvert de boue) aux alentours du 8ème kilomètre, où nous nous faisons donc rejoindre puis rapidement dépasser par un groupe de 5 coureurs revenus de l'arrière.

Et c'est à ce moment qu'imperceptiblement, je monte en puissance. Je reviens progressivement sur ce groupe, j'abandonne mon camarade, et je repasse tout ce petit monde à hauteur du 10ème kilomètre.

Les kilomètres de 5 à 10 ont été couverts en 20'25" : effectivement, j'ai accéléré (mais le profil de cette portion de parcours était plus favorable que le départ). Et là, je me trouve un nouveau camarade avec qui je vais finir la course. C'est le seul du groupe précédent qui emboîte ma foulée, et m'encourage à le suivre quand il me passe d'une foulée franche et aisée. Je lui indique que je n'ai pas l'intention d'accélérer, je tiens absolument à finir sans puiser. Tu parles. Je le suis, il accélère, je le suis toujours (étonnament, le moteur monte en régime sans difficulté particulière) nous rattrapons les coureurs qui m'ont dépassé plus tôt dans la course, je ne vois même plus la boue malgré son omniprésence, et toutes les montées sont avalées sans coup férir. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je n'ai jamais aimé le cross justement parce que c'est sale, il fait froid, on est mouillés...

Et là, je me surprend à prendre du plaisir dans cet univers censé me déplaire. Et voilà, non content de m'accrocher derrière mon compère, je prend un relais !!! Et un relais vigoureux, puisque je décramponne immédiatement mon nouvel ami ! Ce n'est pas très sympa de ma part...

Je modère donc l'allure, et il revient puis s'accroche. Nous continuons ainsi notre remontée fantastique jusqu'au retour sur le terrain de cross, sur lequel il nous reste 1200 mètres à parcourir. Là, j'accélère encore (oui, il m'en restait encore sous mes semelles crotteuses) et décroche définitivement mon acolyte. Je m'offre une accélération progressive sur cette interminable arrivée (on voit l'arche d'arrivée très tôt, et ensuite on n'a de cesse de s'en éloigner !!!), et me surprend définitivement sur ma forme en ce tout début de saison.

La surprise finale arrive quand le speaker annonce au micro que je suis... 7ème ! A vrai dire, je n'avais pas la moindre idée de mon classement, mais je suis franchement étonné d'être si bien placé. Résultat : 1h07'49" pour 16,2 km dans la boue jusqu'aux genous (j'exagère un peu là, on n'en avait que jusqu'aux chevilles), et en accélérant pratiquement de façon continue durant la course ! J'ai le moral gonflé à bloc au moment d'aborder (bientôt) la préparation spécifique pour Paris.

Un moment de plaisir que je n'aurais pas soupçonné a priori, une organisation parfaite (et en plus l'inscription est GRATUITE) au point qu'après la course j'ai remercié tous les bénévoles que j'ai croisé sur le chemin des douches. D'ailleurs, histoire de ne pas couper avec mes souvenirs de cross d'il y a 10 ans, cette douche était glacée !!!

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